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                                        (extraits de “sans transition”, à paraitre)

                       

 









… nos corps qu’on ne fréquente plus beaucoup, qui deviennent hermétiques, étrangers. Des endroits qu’on déserte mais que l’on continue d’habiter, avec les années territoires en friche, villes fantômes. Nos corps qu’on ne connait pas bien, qu’on ne sait pas toucher, retracer, ensuite. Loin de nos géographies nous vivons sans rapport avec ce qui nous porte incapables de retrouver le chemin qui va de nous à nous mêmes. Seule demeure accessible la douleur induite par nos corps, que l’on constate sans la comprendre. Toute sa vie cohabiter avec soi sans autre raison que se maintenir en vie

dans la forêt être incapable de se rappeler du ciel ni de le regarder s’ouvrir

j’aurais vécu sur terre comme on vit n’importe où

vécu dedans mon corps comme on vit n’importe où


les choses qu’on ne fréquente plus beaucoup, qui deviennent étrangères. Les choses qu’on ne fête plus beaucoup, que l’on continue de croiser, mais qui ne resteront pas. Loin de nos maisons nous n’avons plus de lieux-dits, condamné-es à peupler des endroits où le temps et l’espace nous mentent

à se mentir, sinon que ferions nous des autres

                                   
à peupler des espaces auxquels on ne comprend rien mais qu’il faut bien peupler

sinon où vivrons nous ?

nos corps qu’on ne fréquente plus beaucoup, qui deviennent hermétiques, étrangers. Des corps devenus impossibles à habiter, que l’on cloisonne faute de mieux, que l’on ne sait pas porter. Qui nous portent pourtant, qui continuent à le faire, qui lâchent parfois et dieu qui ment


          vies qu’on ne fréquente plus beaucoup, qui deviennent hermétiques, étrangères. Des endroits qu’on regarde passer sans se voir à l’intérieur pourtant nous sommes encore dans nos vies, tant que nous sommes vivant-es. Habiter nos vies comme on habite un hôtel et ne pas se rappeler l’idée d’une maison. Mort-es regarder nos vies et ne pas se reconnaître à l’intérieur ne pas savoir et injecter à la mort l’inutilité d’une vie sans rien dedans

                         
j’aurais vécu sur terre dans ses derniers instants et ce que j’en ai vu m’a parlé de construire, que l’on ne sait pas faire, m’a parlé d’habiter. Nos corps, les lieux, les gens, soi même. M’a parlé de cabanes et de maisons en pierre, m’a parlé du vivant qui ne sait pas très bien vivre. Nous avons oublié que nous étions des corps, nous avons oublié - l’habitat que nous sommes. L’escargot qui porte sa coquille, le poids de sa coquille sur son corps qui ne pèse rien et qui rampe. Son corps inhabitable mais portant sur son dos habitat potentiel. Comme la nature est bien faite avec tous-tes, avec les escargots et les coquillages. Comme on a retiré aux gens le droit d’être des corps. Et d’être des maisons.

sur terre ainsi nous aurons bien vécu n’étant jamais vraiment dedans nous mêmes

toujours en décalé

les escargots qui passent leur temps à se baver dessus et nous dans la pénombre qu’on ne sait pas toucher. On ne sait pas se toucher puisqu’on habite nulle part, on ne comprend pas l’autre. Et la peau fait pleurer parce qu’elle est étrangère, parce qu’elle parle d’ailleurs mais on a oublié. Nos peaux qu’on ne fréquente plus beaucoup, mais qui parfois se frôlent, et qui parfois se parlent. Qui parfois se rappellent. Qui parfois se souviennent quand on étaient des animaux, qui parfois se souviennent c’est quoi un paysage

c’est quoi voir l’horizon

tendre voyage d’habiter à nouveau dans soi même et dans l’autre

nos corps qu’on ne fréquente plus beaucoup mais qui parfois se mêlent à ce souvenir

d’habiter quelque part





jtm de ouf

dit la terre à la mer au soleil et aux arbres

jtm de ouf

je crois que j’t’ai dans la peau

dit le reptile à l’être humain dit toute la terre à toute l’eau

c’est toi mon prince mon tout tout toi et mon château

et pendant que nous nous aimons de ouf à des centaines de milliers de kilomètres des uns des autres qu’on ne pense pas se retrouver parce qu’on ne sait plus faire toute la terre continue d’avancer et même si nous sommes dotés de

pouce préhenseurs et doués d’intelligence nous n’en sommes pas témoins
regardant - autre chose
détournant - le regard
pour éviter d’imaginer
potentiel commun








mais sous la mer déjà se rapproche eurasie il parait qu’un jour nous serons de nouveau réunis nous serons de nouveau appartenant à la même espèce dans le même espace
mais le temps que les continents se rassemblent nous serons déjà sans doute morts

Il y a quelques millions d’années une espèce incapable de se toucher
aura créé dans sa timidité des impossibles retrouvailles



(extraits de “Se retrouver”, performance poétique à trois voix, avec Luz Vockmann et Noah Truong, 2022)







(extraits de “A la tâche à venir”, pièce de théatre écrite avec Mécistée Rhea, 2022)

    
(extraits de “La route est longue”, pièce poétique et musicale écrite avec Luz Volckmann, 2022)     

  


(extraits de “pays des merveilles”, roman soutenu par le CNL, à paraitre)

(extraits de “je n’ai plus aucun mot pour décrire cet espace que nous habitons et qui s’appelle la terre”, triptyque de fanzines, 2023